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Coronavirus. Les jeunes face à la pénurie de jobs d'été

«C'est une vraie galère». Les offres de jobs d'été se raréfient, des milliers d'étudiants se retrouvent en vacances forcées, les finances au plus bas.

Les offres d’emplois estivaux, qui concernent chaque année près de la moitié des lycéens et étudiants, se sont raréfiées dû au confinement et de la crise économique.

Début mars, Stéphanie est confiante : le stage qu’elle a effectué l’hiver dernier dans un hôtel s’est bien passé, et la direction lui a proposé de travailler pour eux cet été - les week-ends à partir d’avril, puis en temps complet à partir de juillet. De quoi payer son loyer et les réparations de sa voiture. Mais la Nîmoise, en BTS support à l’action managériale, déchante dès avril.

« Le confinement est arrivé, l’hôtel a fermé. Depuis, plus de nouvelles. Ils n’ont plus de travail pour moi. » Un terrible retournement de situation pour la jeune femme, qui comptait sur ce travail pour économiser avant la prochaine année scolaire. « Je suis dans une famille monoparentale où les revenus sont modestes, précise Stéphanie. Les fins de mois sont difficiles, et ma mère ne peut pas m’aider… »

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Le déconfinement n’est en effet pas synonyme de fin de l’incertitude pour les lycéens et les étudiants. La fermeture obligatoire des cafés, restaurants et hôtels a totalement bouleversé les prédictions d’emploi saisonnier… et, par effet domino, les porte-monnaie des étudiants. « En 2016, 52 % des étudiants déclaraient exercer une activité rémunérée pendant l’été », note Feres Belghith, directeur de l’Observatoire national de la vie étudiante (OVE). C’est-à-dire que plus de la moitié des étudiants exerçaient soit un emploi saisonnier, un « job d’été », soit des petits boulots (baby-sittings, cours du soir…). Environ « 40 %, soit 1 200 000 étudiants, occupaient un job d’été », estime Frédéric Ducrocq, directeur associé de Jobmania, l’une des principales agences de recrutement à destination des étudiants.

« J’ai dû répondre à une trentaine d’offres depuis mai »


« Cette année, les secteurs les plus pourvoyeurs d’emplois étudiants ont été touchés de plein fouet par le confinement, explique Frédéric Ducrocq. Les cafés-hôtels-restaurants, bien sûr, mais aussi les parcs d’attractions, certains plateaux de call-center… » Ces derniers temps, la ligne téléphonique de son agence Jobmania n’arrête pas de sonner : entre 50 et 100 appels par jour, de la part d’étudiants en recherche désespérée de jobs d’été - contre 5 à 10 d’habitude… « D’autant que ces appels n’ont pas lieu d’être, d’habitude, insiste Frédéric Ducrocq. Toutes les démarches pour candidater peuvent être effectuées sur Internet. » Le site enregistre quant à lui 500 à 700 candidatures par jour, bien plus que la moyenne habituelle de l’agence. Il soupire : « Les étudiants appellent parce qu’ils sont démunis… »

C’est le cas de Stéphanie. « Depuis mars, j’ai postulé dans sept magasins Lidl, un Métro, un camping, deux Intermarché, et j’en passe. Malheureusement, les réponses restent à ce jour en suspens, malgré les relances… ou bien elles sont négatives. » Une chasse à l’emploi peu ordinaire : la grande majorité des jobs d’été ne requièrent pas de qualifications spécifiques, aussi la plupart des étudiants trouvent-ils d’habitude chaussure à leur pied.

L’année dernière, par exemple, Elina Sommer avait trouvé à travailler dans l’usine de fabrication de pièces électroniques où officie son père. La « sciencepiste » originaire du Bas-Rhin avait ainsi amassé un petit pécule, qui lui a permis de financer une partie de son année en échange à l’Université de Boston. Mais à la mi-mars, la pandémie commence à inquiéter outre-Atlantique. Forcée d’écourter son séjour pour retourner en France, Elina décide alors d’alterner cours en ligne et job d’été - cette fois-ci pour financer son futur appartement étudiant à Paris. « J’ai encore postulé ce matin à une annonce postée sur Facebook. En tout, j’ai dû répondre à une petite trentaine d’offres depuis mai. Je cherche sur Pôle emploi, sur des plateformes comme Indeed… Je me suis même inscrite à une agence d’intérim… Soit les réponses sont négatives, soit je n’en reçois pas. »

Marché saturé


« D’habitude, on recrute dès le printemps, détaille Frédéric Ducrocq, pour des contrats allant de mai à septembre. Ces postes-là ne seront pas pourvus. » Il estime à 30 % la proportion de jobs d’été qui ne feront pas l’objet d’offres cette saison. En raison de la fermeture des principaux employeurs, mais également de l’incertitude qui règne sur le marché du travail : de nombreuses entreprises, qui ont le sentiment de naviguer à vue, préfèrent n’embaucher personne avant de rétablir un taux d’activité normal. De plus, « on peut supposer que tous les étudiants qui travaillent d’ordinaire pendant l’année scolaire, et qui n’ont pas pu travailler ces derniers mois, vont tenter de trouver un emploi estival », présage Feres Belghith, de l’OVE. Moins de postes à pourvoir, plus de candidats : le marché est saturé.

Premières victimes de cette concurrence accrue sur le marché du job d’été : les générations les plus jeunes. Dès lors qu’ils ont plus de 14 ans, les jeunes peuvent être embauchés dans le cadre d’un job d’été, à condition, s’ils ont moins de 16 ans, de disposer d’un nombre de jours minimum de vacances scolaires, précise le Code du Travail. Problème : « Les employeurs refusent de nous embaucher, parce qu’ils considèrent les plus jeunes comme des incompétents, pas assez impliqués dans le travail proposé », déplore Julie, 16 ans. Ces dernières semaines, elle a postulé auprès de la mairie de sa ville, Coudekerque-Branche, puis auprès d’associations, sans succès. « La plupart préfèrent embaucher des jeunes qui ont de l’expérience… C’est une vraie galère. » La lycéenne dunkerquoise comptait sur un job d’été pour économiser « un peu d‘argent de poche ».

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« 80, voire 90 % des boulots d’été sont rémunérés à hauteur du Smic, jauge Frédéric Ducrocq. Donc c’est un manque à gagner de 3000€ pour un étudiant qui serait prêt à travailler deux mois… sans compter les avantages, comme les repas ou le logement pris en charge. » Qui dit pas de revenus dit, pour de nombreux jeunes, plus de stress. Comment envisager calmement la rentrée lorsque l’on ne sait pas si on pourra trouver à se loger ? « Depuis le confinement, je vis dans l’incertitude, témoigne Stéphanie. Si je ne trouve aucun travail, je vais être obligée de rendre mon appartement. Je n’ai pas d’autres solutions, à part passer à découvert pour payer mon contrôle technique ou changer mes pneus… d’autant que j’ai déjà contracté un prêt étudiant. »

« Je vais peut-être abandonner »


Une situation critique, que croise régulièrement, au fil de ses études, Feres Belghith : « Pour les étudiants les plus précaires, le travail estival permet de continuer à vivre, tout simplement. Ils se constituent un pécule pour l’année à venir. Un certain nombre d’entre eux travaillent l’été pour ne pas avoir à chercher un emploi pendant l’année scolaire… »

Pour Frédéric Ducrocq, les étudiants en recherche d’emploi devraient privilégier les secteurs ouverts comme la grande distribution, ou ceux dont la réouverture est imminente et dont le planning d’embauche a été chamboulé, à l’instar des parcs d’attractions comme le Parc Astérix. Mais le découragement guette les jeunes travailleurs, et Elina hésite même à expédier de nouveaux CV, de nouvelles lettres de motivation : « Je me dis que, de toute façon, je ne vais pas être prise… » Julie songe également à baisser les bras. « Je vais peut-être abandonner… Je me dis que c’est inaccessible », regrette la lycéenne.

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